Appels à articles

Programmation 2017 :

  • « NOUVELLES APPROCHES DE LA DECISION COLLECTIVE »

De nouvelles approches des décisions collectives ont été proposées depuis une dizaine d’années. « Décision collective » est entendue ici comme un choix fait collectivement par les membres d’un groupe, et s’imposant à ce groupe, voire aux membres d’un ensemble social plus large.

C’est au sein de l’économie et à proximité de la science politique que s’est d’abord développée à partir des années 1950 une véritable sous-discipline dédiée à l’étude de la décision collective, à partir des travaux pionniers de Kenneth Arrow (1951) et Duncan Black (1958). Cette Théorie du Choix Social a eu un poids considérable ; elle est caractérisée par le souci de la formalisation mathématique, un certain éloignement des pratiques de décision et la saisie exclusive des situations de décision collective en termes d’aggrégation des préférences des participants.

A l’opposé, les nouvelles approches de la décision collective ont pour première ambition de rendre compte de ce processus de décision réels, à l’aide d’études de cas ou d’analyse secondaire de travaux empiriques issus de toutes les sciences sociales. Elles s’intéressent à toutes les règles de décision, y compris celles qui n’utilisent pas le vote, comme l’acclamation ou le consensus. Enfin, elles intègrent à l’investigation toutes les composantes des situations de décision collective : la sélection et les caractéristiques des participants, la délibération, les degrés de publicité ou de secret, la combinatoire des règles écrites et non écrites, les formes de l’expression des avis, etc.

Enfin, l’ambition théorique et généralisatrice ne passe plus par la formalisation mais par l’indetification de mécanismes, des propriétés et des valeurts attachées aux différentes pratiques. Elles peuvent être utilisées pour l’étude d’une gamme très large de phénomènes sociaux et politiques : au-delà des procédures électorales, l’étude des comités d’experts, des parlements, des cours judiciaires et constitutionnelles, des assemblées et comités au sein des partis politiques comme des mouvements sociaux, les procédures de décision des organisations internationales. La pertinence de ces travaux tient à leur contribution au renouvellement des recherches sur les régimes politiques ou les institutions, qu’elles soient centrées sur les dispositifs institutionnels, la délibération ou le tirage au sort. Ces démarches nourissent des programmes de recherche qui se recoupent et se complètent, et atténuent une opposition trop stricte entre conceptions procédurale et substantive de la décision collective en examinant les articulations flexibles entre, d’un côté, règles, dispositifs, techniques et, de l’autre côté, des idéologies, des normes ou valeurs privilégiées dans certains contextes sociaux-historiques.

Ce dossier, en prolongement de la session éponyme au congrès de l’AFSP de juin 2015 a pour objectif d’opérer un premier bilan de ces nouvelles approches de la décision collective. Les articles peuvent prendre pour objet : des études de cas ; des concepts, des mécanismes ou des modes de décision spécifiques ; des réflexions sur l’apport de ces approches aux théories de la négociation en tant que decision-making process.

Coordination du dossier : Stéphanie Novak et Philippe Urfalino

Programmé pour le n°27, volume 2017/1

  • « MEDIATION, MEDIATIONS : PROMESSES TENUES ? »

Technique procédurale de résolution des conflits, la médiation, quelque soit le champ où elle se déplie – social, pénal, familial, diplomatique ou environnemental – ne s’y réduit pas. Elle est aussi un moment dialogique de confrontation, ouvrant sur de multiples apprentissages ; elle permet aux individus de vivre-ensemble, au-delà de ce qui les oppose et les différencie ; elle aide à nouer des compromis mutuellement avantageux, dépassant les prétentions d’origine. Beaucoup a été écrit à son sujet ; elle a fait naître nombre d’espoirs ; l’engouement à son égard ne se dément pas. Pour quels motifs ? Que recèle cette activité d’accompagnement des parties dans leur recherche d’accord pour susciter de tels attraits ?

Le dossier « Médiation, médiations : promesses tenues ? » se propose de porter un regard critique sur 25 ans de pratiques et de théorisation de la médiation. Quelques décennies après la publication de plusieurs ouvrages devenus depuis des références, tant aux Etats-Unis – Mediation Research : The Process and Effectiveness of Third-Party Intervention (1989) ; The Promise of Mediation (1994) ; New Directions in Mediation : Communication Research and Perspectives (1994) ; Narrative Mediation : A New Approach to Conflict Resolution (2000), etc. – qu’en Europe francophone – La Médiation, une justice douce ? (1992) ; La Médiation (1995), etc. -, que nous disent aujourd’hui les théoriciens et les praticiens de la médiations à propos de ces promesses ?

De nombreux instituts, cabinets, etc. forment des médiateurs. La professionnalisation de la médiation, réclamée depuis 25 ans, a-t-elle fait du chemin ? Quelle place y a-t-il pour une pratique professionnelle de médiation ?

Plusieurs modèles, rivaux, de médiation sont aujourd’hui disponibles – la médiation évaluative, facilitante, transformative, narrative, etc. ; ils renvoient chacun à des théories différentes du conflit, et à des approches différentes de la relation sociales et des modes de régulation sociale. Que nous renseignent ces modèles sur l’état et le devenir de nos sociétés contemporaines ?

Comprendre le négocié, en étudier les lieux et les formes, c’est aussi, désormais, comprendre le médié, ses modalités pratiques et ses principes normatifs. Qu’est-ce que la médiation nous apprend sur les processus et l’activité de négociation ? A quelles nouvelles lectures de l’ordre négocié l’observation de ces médiations nous invite-elle ?

« Pratique citoyenne ou dispositif institutionnel » ? Mécanisme de contrôle social ou « atelier silencieux de la démocratie » ? « Processus de communication éthique » ou règlement extrajudiciaire des conflits ? Probablement un peu de tout cela ! Sans trancher ces débats, ce dossier s’interrogera enfin sur les productions sociales de la médiation. Celles-ci ont-elles tenues les promesses que leur assignaient leurs promoteurs ? Qu’ont-elles socialement produit, qu’ont-elles transformé ?

Coordination du dossier : Christian Thuderoz

Programmé pour le n°28, volume 2017/2

 

Programmation 2016 :

  • « REFUSER DE NEGOCIER ? »

Cette journée d’études, conjointement organisée par la revue Négociations, l’ESSEC IRENÉ, le CSO (Sciences Po Paris) et le Centre Max Weber (Université de Lyon), a pour objectif de mieux comprendre les motifs pour lesquels les individus et les groupes refusent de s’engager en négociation. Lire la négociation sous l’angle du non-négocié ou du refus de négocier, c’est mieux cerner, et l’originalité de ce mécanisme décisionnel, et les conditions à réunir pour que ce mécanisme soit activé ou pour qu’il soit efficient.

L’expression « l’âge de la négociation », si l’on reprend celle de William Zartman, formulée en 1976, semble aujourd’hui concurrencée par des expressions rivales, mettant plutôt l’accent sur la « non-négociation », sur la « domination » ou « le retour de l’autoritarisme ».

Qu’en est-il vraiment ?

Nous proposons d’avancer dans cette réflexion en mutualisant nos approches et nos raisonnements.

Plutôt qu’un appel classique à communications, dont les réponses sont souvent faites à partir de travaux de recherche plus ou moins éloignés du thème du colloque ou de la journée d’études, nous préférons ici lancer un appel à réflexions.

Le texte ci-dessous esquisse une première typologie et formule quelques premières questions. Il conviendrait de poursuivre cette analyse et construire, en quelque sorte, une « théorie de la non-négociation » pour mieux théoriser l’activité et les processus de négociation.

Pour cela, la journée d’études est organisée sur un mode interactif : des ateliers – deux en parallèle le matin – se poursuivant par une mise en commun en séance plénière l’après-midi, avec des interventions courtes, visant à nourrir les débats ; et des posters, de deux pages au maximum, diffusés quelques jours avant la journée, où chaque contributeur livrera aux participants ses remarques et illustrations, avant de les expliciter lors des débats.

Un dossier thématique de la revue Négociations sera publié à partir de ces échanges (probablement dans le volume 2016/2).

Merci d’adresser à Christian.Thuderoz@insa-lyon.fr et Colson@essec.edu vos propositions de communication sur une page maximum, avec votre nom, votre institution et votre adresse de messagerie avant le 1er mai 2015. Réponse du Comité d’organisation avant le 15 mai 2015.

Le refus de négocier couvre plusieurs aspects. On peut distinguer plusieurs catégories :

Le refus de négocier stratégique – L’acteur considère que le gain découlant de l’absence de négociation est bien supérieur à ce qu’il retirerait d’une négociation. Cette catégorie peut elle-même être divisée en deux sous-ensembles : le refus de négocier stratégique du fort (l’acteur est dans une position tellement favorable qu’il peut imposer à l’autre le résultat qu’il souhaite) et le refus de négocier stratégique du faible (l’acteur est si faible qu’il considère que la négociation ne lui apportera qu’un gain minime et que la non négociation est plus intéressante).

Le refus de négocier moral – Il s’agit ici de ne pas négocier avec le diable tel qu’un génocidaire, un dictateur, un pédophile, etc. C’est une question de principe, même si la discussion pourrait apporter des gains non négligeables.

Le refus de négocier épidermique – Deux acteurs, souvent plutôt individuels que collectifs, ne négocient pas entre eux, car animés par la colère, l’envie, le ressentiment, etc.

Le refus de négocier culturel – De la même façon qu’il existe un « âge de la négociation » ou une culture moderne de la négociation, on peut ici identifier un âge ou une culture « de la non-négociation ». Deux cultures de non-négociation sont repérables : la culture de la non-négociation de type post-moderne, avec une perception de la négociation comme un dommage, comme une manipulation, comme un avatar de la logique libérale et/ou capitaliste. Et la culture de la non-négociation « à la française », avec une préférence pour l’imposé (au nom de l’intérêt général) et l’unilatéral (du fait de l’affirmation du libre-arbitre des individus)

Le refus de négocier sanitaire – En situation de haute fiabilité requise (l’aéronautique, par exemple), l’idée de compromis est rejetée. Les processus d’interaction prévus dans ce cadre semblent à l’opposé de ce qui est admis en négociation et recommandé comme techniques du bon négociateur. Le consensus n’y est pas vu comme un bien mais comme un mal et un risque…

Le refus de négocier suicidaire – L’acteur est décidé à aller jusqu’au bout et disparaître en même temps. Il n’envisage à aucun moment de discuter. D’ailleurs il est souvent impossible d’entrer en contact avec lui. C’est ce que William Zartman appelle les absolute terrorists.

Le refus de négocier tactique – Même si ce n’est pas vraiment un refus de négocier, cette manière de procéder s’y apparente : il s’agit de faire croire à l’autre qu’il n’est pas question de transiger sur un sujet, pour être dans une position favorable.

Ces différentes catégories, évidemment, se recoupent. Le refus stratégique peut être lié à un refus moral. Le refus de négocier stratégique peut devenir ou s’associer à un refus de négocier culturel. La stratégie de non-négociation des militants en entreprise en France (la « négociation-manifestation »), plus efficace que l’acceptation d’une négociation classique, est devenue une culture de la non-négociation et a été alimentée par cette culture.

La construction du refus de négocier.

Le refus de négocier est le résultat de processus collectifs, sauf exception. Dans certains cas, il résulte de processus plutôt rationnels, dans d’autres l’aboutissement d’une folie collective.

Le refus de négocier peut s’opérer par adhésion à un principe (ne jamais négocier, s’empêcher de se placer dans une telle situation) ou par constat de l’impossibilité de négocier (du fait de l’examen lucide de ses ressources et du rapport de forces).

Les formes du refus de négocier.

La négociation fictive par le déguisementde ses volontés, pour donner l’illusion de bonnes intentions et soigner sa réputation.

La négociation fictive par la démesure, en adoptant des comportements à l’opposé de ceux attendus d’un vrai négociateur (exigences en dehors de l’acceptable, mutisme, délégations pléthoriques, etc.).

La manifestation bruyante de tout refus de négocier, en ne formulant aucune exigence (tirs à vue sur des policiers, assassinat d’otages ou de passants, etc.).

Parmi les différentes questions que cette Journée d’études pourrait commencer à s’atteler :

Le refus de négocier « avec le diable » ne serait-il pas l’exception, et la règle, la négociation avec le diable ?  Dans quelles situations singulières ces négociations et ces refus de négocier sont-ils particulièrement prégnants ?

Quelle est la place du secret des discussions dans le refus ou non de négocier ?

Un trait paradoxal de notre postmodernité est la montée en puissance des risques et des crises systémiques : la négociation est-elle la mieux armée pour produire une décision en temps de crise – militaire, de sécurité, de santé publique, énergétique, ou environnementale ?

Le culte de l’action, de l’acte courageux, du volontarisme, du passage en force ; le rythme toujours plus rapide de la vie politique, lui-même impulsé par le rythme médiatique, tout cela semble peu compatible avec le rythme des processus négociés. Comment réintroduire du négocié là où semble s’imposer sa mise à l’écart ? Et pour quelle efficacité ?

Le refus de négocier est-il une forme (singulière) de régulation sociale ? Le refus de négocier laisse-t-il une possibilité de flexibilité pour ne pas s’enfermer totalement, pour préserver l’avenir et ses surprises, pour ménager l’autre quand-même ?

Existe-t-il un adoucissement possible du refus de négocier – une sorte de demi-refus ? Comment évolue dans le temps le refus de négocier ? Quel effet le refus de négocier exerce-t-il sur les alliés et les coalitions ? Quels effets sur l’intra-négociation ?

Dans les représentations et mises en scène du refus de négocier (littérature de fiction, bande dessinée, cinéma non documentaire et théâtre), c’est plus le refus de négocier que le négocié qui est mis en scène et en valeur. Que cela traduit-il dans le rapport d’une société à l’activité de négociation ? Est-ce seulement parce que le refus de négocier offre plus de ressorts dramatiques ?

Coordination du dossier : Christian Morel

Publication prévue : volume 2016/2

  • « NEGOCIER LES TEMPS SOCIAUX »

Si nous comprenons bien les coordonnées structurelles, culturelles, institutionnelles (voire organisationnelles et expérientielles) des enjeux sous-jacents à la problématique de l’articulation des temps sociaux, en revanche nous n’avons pas encore une connaissance rigoureuse de la façon dont les acteurs/trices échangent et négocient autour de ces enjeux, ni  même du contenu effectif de ces négociations – si elles ont effectivement lieu. Nous sommes pourtant entrés dans « l’ère de la négociation » (William Zartman), ce qui légitime l’idée que la  négociation devient aujourd’hui un paradigme pertinent pour saisir (et impulser) la dynamique sociale. Surtout, si à la manière d’Anselm Strauss, nous ne la réduisons pas à un simple jeu entre acteurs/trices mais que nous élargissons explicitement l’analyse aux contextes et paramètres structurels (régimes de genre, de temps, de care, de travail…) qui définissent les conditions de possibilité et les cadres de la négociation ainsi qu’aux contenus mêmes de celle-ci.

Dès lors, il apparaît nécessaire de chercher à  savoir comment, par qui, au nom de quoi, dans quel espace-temps une politique temporelle ou de conciliation travail/famille est mise à l’agenda d’une organisation (entreprise, collectivité locale etc.). Il s’agit alors d’identifier qui se retrouve autour de la table de négociation, décrypter quels sont les intérêts, les arguments, les enjeux traités ainsi que les moyens de pression utilisés pour convaincre autrui et faire passer ses intérêts. Ou encore de comprendre quels sont les rapports de confiance-méfiance qui se mettent en place dans des configurations apparemment neutres mais fondées sur des rapports sociaux inégalitaires.  Autrement dit, savoir ce qui permet (ou fait obstacle à) « la négociation » (sous forme de discussions, de conflits, ou de jeux de rapports de force) et ses outcomes (loi, convention collective, dispositif  ou autres contreparties concédées) est certainement de première importance dans l’analyse des mécanismes du changement social.

Ce type d’approche a montré sa pertinence dans l’analyse des politiques publiques ainsi que dans celle des relations diplomatiques, commerciales ou industrielles. Mais qu’en est-il des acquis issus des travaux portant sur des domaines moins classiques dans l’étude de la négociation ? Nous pensons qu’il est important de faire le point sur ces acquis, tant au regard des négociations dans les espaces privés, voire intimes (par exemple, comment et en quels termes se déroule une « négociation ordinaire » autour de la répartition des tâches domestiques, des loisirs, des engagements/désengagements professionnels ou de la prise d’un congé parental ? quel est « l’ordre négocié » qui en découle ?) que du point de vue des négociations au sein des collectifs de travail  (comment se négocient, formellement ou informellement, les urgences familiales, les horaires ou les congés au sein d’un milieu professionnel ? quels sont les compromis acceptables ? qu’est-ce qui se négocie ou ne se négocie pas ? quels en sont les impacts sur le travail réel ?).

Notre objectif  est donc de repérer aussi finement que possible les contextes et les trames des négociations, formelles et informelles, autour de l’enjeu de l’articulation des temps sociaux à différents niveaux de l’agir social. (Appel à articles issu de l’appel à contributions du colloque du GT ARTS 2014).

Coordination du dossier : Chantal Drancourt (LISE-Cnam) et Bernard Fusulier (Université Catholique de Louvain)

Publication prévue : volume 2016/1

Programmation 2015 :

  • « GENRE ET ORDRE NEGOCIE »

La table de négociation autour de laquelle les individus établissent des rapports de coopération, de compétition ou de conflit, constitue un espace pertinent pour interroger les rapports sociaux de genre. L’objectif de cette question, longtemps dominée par moult travaux sur les stéréotypes, n’est plus de savoir si les différences de genre existent ou non (au-delà des facteurs psychologiques ou individuels) mais comment les stéréotypes de genre affectent les processus et les résultats de négociation. Comment la table est-elle appréhendée par les négociateurs masculins et féminins ? Selon quelles attentes et quelles stratégies ?

La réflexion théorique et la recherche académique se sont donné comme priorité l’étude des processus dans une perspective dynamique interactive et multidimensionnelle pour mieux rendre compte de la complexité et de l’hétérogénéité des situations contextuelles (par exemple : le type et la répartition des tâches, la composition de l’équipe de négociation, les styles de négociation, le rôle dévolu à chacun, etc.) dans leurs objets, leurs méthodologies et leurs théories de références. Tel est le défi d’une approche interdisciplinaire qui dépasse la simple structuration figée des rapports sociaux de sexe par la diversité de ses perspectives et des enjeux sociaux.

Ce dossier se propose de faire état de la problématique précitée, en tant que perspective et outil d’analyse pour mieux appréhender son effet sur les comportements, les processus et les résultats de la négociation. Il s’agit de faire retour sur une investigation académique largement investie par la production outre-Atlantique depuis plusieurs décennies et qui apporte une contribution significative dans un domaine quasi-absent dans le monde francophone.

Coordination du dossier : Imen Benharda (Skema Business School et ESSEC-Irené).

Dossier publié dans le volume 2015/1.

  • « LE TIERS DANS LA DYNAMIQUE CONFLICTUELLE »

L’idée selon laquelle l’appréhension de la conflictualité contemporaine ne saurait se passer d’une réflexion sur le tiers est à l’origine de ce dossier. Nous pensons en effet, à l’instar des analyses devenues classiques de Simmel et de Freund, que le tiers est   incontournable et d’une grande portée heuristique pour qui souhaite comprendre les processus conflictuels et leurs modes de régulation. Pour mémoire, le mérite de ces deux auteurs fut entre autres de montrer que le tiers joue un rôle déterminant dans toute dynamique conflictuelle, tout en étant multiple et diversiforme : si le rejet du tiers est au principe de la logique conflictuelle, à l’inverse, son irruption ou sa reconnaissance est à la base de la régulation, voire au principe même de toute socialisation. L’intervention du tiers dans le cours des choses peut conduire au compromis, à la négociation et à la neutralisation des tensions, tout comme elle peut déboucher sur l’emballement conflictuel ou avoir pour conséquence le renversement des alliances et des rapports de force. Son rôle dans les conflits ne saurait donc être minoré ni réduit à une fonction ou à une figure unique. La question du tiers permet par ailleurs de rompre avec certaines représentations simplistes et statiques de la conflictualité : l’attention portée à cette figure nous rappelle que le conflit est un processus incertain, multiforme, qui est susceptible de connaître des discontinuités, des changements de rythmes, des évolutions mais aussi des issues variables en fonction du contexte et du « jeu » des acteurs en présence.

Ce dossier poursuit donc deux objectifs, indissociables selon nous : puisque les conflits apparaissent de nos jours moins spontanément compréhensibles et qu’ils semblent même pour partie échapper aux catégories de pensée habituellement mobilisées pour les analyser, il s’agira tout d’abord de proposer à travers le prisme du tiers une lecture quelque peu renouvelée de la conflictualité. On s’intéressera donc dans ce dossier aussi bien aux rôles désormais dévolus au tiers dans les nouvelles formes de mobilisations collectives, qu’à la façon dont cette figure est désormais requise ou investie dans les négociations ou dans les politiques de réconciliation. Nous verrons à cette occasion que les figures contemporaines du tiers contribuent de diverses manières aux dynamiques conflictuelles et qu’elles ne se limitent plus à la typologie proposée en son temps par Simmel : si le tiers peut en effet agir en amont d’une situation conflictuelle et exercer un rôle dissuasif sur les potentiels belligérants, il peut aussi en être à l’origine (le tiers comme élément perturbateur) ou en devenir malgré lui l’objet (le tiers bouc-émissaire, le tiers dissident). De même, lorsqu’un conflit éclate, le tiers peut aussi bien être amené à en alimenter la logique (comme allié ou comme tiers jouant la stratégie du « divide et imperia »), comme il peut à l’inverse, être conduit à la refuser, à s’y soustraire ou à s’y opposer (le tiers neutre, le tiers souffrant). Mais le tiers peut également agir en aval d’une situation conflictuelle et faire œuvre de « régulateur » en intervenant comme arbitre ou comme médiateur auprès des parties. En se focalisant sur certaines de ces figures et de ces situations, ce dossier sera donc l’occasion d’interroger et de réinvestir le cadre d’analyse simmelien qui sous-tend nombre de recherches consacrées à cette question.

Dans cette perspective, deux types du tiers retiendront particulièrement notre attention : il s’agit du tiers souffrant et du tiers expert, l’un et l’autre s’entretenant d’ailleurs de leurs logiques respectives. Par « tiers  souffrant », nous entendons qualifier le tiers émergent dans toute situation conflictuelle, pour peu que celle-ci s’inscrive dans la durée. Toute guerre, tout conflit, tout affrontement génère en effet inéluctablement son lot de souffrances et de victimes, ainsi que du désespoir et de la lassitude, ces conséquences pouvant à terme favoriser la reconstitution d’un tiers capable de faire entendre sa voix et de s’opposer de diverses manières à la dynamique conflictuelle. Ce tiers joue donc un rôle de première importance dans nos sociétés, notamment parce que les victimes y tiennent une place de plus en plus reconnue et polarisent les émotions.

Quant au « tiers expert », celui-ci est peu à peu devenu incontournable dans les nouvelles formes de mobilisation collectives, au point que son intervention passe même pour requise dans nombre de conflits. En raison des savoirs spécialisés qu’il possède mais aussi du statut qui est désormais le sien dans une société où prévaut incertitude et complexité, l’expert apparaît de plus en plus comme un allié potentiel dans toute confrontation, c’est le tiers dont il s’agit de gagner l’appui ou de rechercher le soutien lors d’une controverse : son savoir peut en effet conférer une légitimité supplémentaire aux revendications des acteurs, son concours se révélant parfois décisif dans le jeu toujours mouvant des rapports de force. Il s’agira donc de montrer comment les protagonistes des conflits tentent de mobiliser cette figure et de développer des stratégies visant à se le  concilier.

Coordination du dossier : Myriam Klinger (Université de Strasbourg) et Sébastien Schehr (Université de Savoie)

Publication prévue : volume 2015/2

  • « NEGOCIATIONS ET CLIMAT  »

Coordination du dossier : Cécile Renouard (ESSEC-Irené)

Publication prévue : volume 2015/2

Programmation 2014 :

  • « Démocratie et négociation »

La crise des modèles démocratique de concertation (Pays-Bas, Belgique), les tensions croissantes dans les régimes plus majoritaires (États-Unis, France, Italie, Espagne, Japon), ainsi que les aspirations mais aussi les résistances suscitées par les dispositifs de démocratie participative dans différentes parties du monde, nous invitent à repenser en profondeur le dilemme démocratique.

Ce dilemme oppose classiquement les démocraties représentatives majoritaires qui privilégient la gouvernabilité aux démocraties de consensus, qui estiment nécessaires de prendre en compte les avis minoritaires, d’obtenir l’assentiment de majorités plus larges que la simple majorité des voix ou d’éviter des tensions ancrées localement.

Les discussions récentes, notamment en Allemagne ou dans le monde anglo-saxon, autour des notions de « démocratie de négociation » ou de « démocratie délibérative » indiquent que se développe une réflexion forte sur la démocratie comme processus qui implique à la fois un temps plus long de la décision mais aussi la multiplication d’arènes délibératives dans la société (arènes multiples de la décision, de la concertation politique et sociale, du pilotage politico-administratif, de la mise en œuvre, des usages des décisions consenties par les destinataires, ou encore de leur évaluation).

Les interrogations s’appliquent également aux lieux de pouvoir comme l’entreprise, les collectivités territoriales ou aux secteurs d’action publique comme l’université, la santé, etc.

Enfin, les tensions politiques qui se manifestent dans des pays aussi divers que la France, les États-Unis ou les Pays-Bas indiquent que les consensus fondateurs sur les règles du jeu démocratique font aujourd’hui l’objet d’interrogations, voire de défiances et de contestations. Ces tensions semblent indiquer la rupture des compromis sur les enjeux fondamentaux tels les contours de la communauté politique, la forme reconnue de citoyenneté ou encore la conception ultime du rôle de l’État par rapport à celui des parties prenantes.

La contestation radicale de systèmes démocratiques anciens comme celui des relations industrielles dans le contexte américain ou celle de l’État social en Europe montre bien que les conflits sur les valeurs et sur les procédures ne se limitent pas aujourd’hui à la sphère institutionnelle et politique, mais débordent sur des domaines qui touchent à la vie de l’entreprise, à la gouvernance des politiques sociales, et, le cas échéant, à l’organisation de la démocratie locale ou de proximité.

Dans la perspective dessinée ici, ce dossier procèdera de trois choix principaux. En premier lieu, le numéro ouvrira le débat à propos des tensions et processus actuels de redéfinition des normes de la démocratie et de la négociation dans différents contextes sociaux. En deuxième lieu, il interrogera les liens entre démocratie et négociation à partir d’une série d’expériences connues de démocraties de négociation (Belgique, Pays-Bas, Suisse, Allemagne, Liban, Afrique du Sud, etc.). Enfin, le numéro veillera à maintenir un équilibre entre des contributions interrogeant le processus actuel de construction du débat (réflexion plus intellectuelles, théoriques, comparatives, etc.) et des analyses de situations empiriques au sein desquelles négociation et démocratie sont concrètement associées.

Coordination du dossier : Antoine Bevort (Lise-CNAM-CNRS) et Olivier Giraud (Lise-CNAM-CNRS).

Dossier publié dans le volume 2014/1.

 

Programmation 2013 :

  • « Négociations et risques psycho-sociaux »

Négocier le travail a toujours été un enjeu des relations sociales et professionnelles entre les acteurs en fonction des transformations des formes de productions et des rapports sociaux. Cette question se pose aujourd’hui dans de nouveaux termes avec le contexte de financiarisation de l’économie, de compétition mondialisée et les réorganisations et restructurations qui l’accompagnent qui ré-agencent  les modes de production contemporains et les chaines de valeurs faisant naître une nouvelle question sur la qualité du travail.

Les transformations du système productif charrient dans leur sillage un ensemble d’effets en terme d’intensification sinon de dégradation du travail, d’appel à la subjectivité et à la responsabilité des salariés alors même les régulations intermédiaires que représentaient les syndicats et le management entre base et sommet des entreprises sont fragilisés, les uns confrontés à des perte de substance massive et le poids des négociations sur l’emploi, les autres étant pris par les tâches de reporting et les indicateurs de gestion. C’est dans ce contexte que la question du travail est revenue sur la scène collective notamment à travers ce qu’on a nommé les risques psychosociaux (R.P.S) et les très nombreux  débats et controverses auxquels ils donnent lieu ! Ils posent à l’évidence un problème de définition insoluble, on évoque à leur égard : d’abord le stress, le harcèlement moral, l’épuisement professionnel ou le burn-out, la souffrance, les suicide et la violence au travail. Ils sont d’ailleurs définis très largement par le conseil d’experts auprès du gouvernement Français. Ces risques, au delà des risques traditionnels (chimiques, physiques et biologiques), sont aujourd’hui très présents dans les préoccupations des entreprises et administrations publiques particulièrement pour les services des ressources humaines, alors qu’en même temps ils sont difficiles à identifier et à traiter car liés à de multiples dimensions qui caractérisent le fonctionnement humain des organisations. Leur terminologie n’est pas définie non plus, on utilise par exemple les termes de R .P.S en France, alors qu’on utilise par exemple ceux de « charge psychosociale » en Belgique et ils sont enjeux de plusieurs disciplines et de différents paradigmes. En 2010, le simple coût du stress dans l’UE 15 était évalué à 20 milliards d’euros et selon le rapport de L’Agence Européenne, 50 à 60 % des Journées de travail perdues ont un lien avec le stress au travail, d’autres études du BIT situant ces coûts jusqu’à 4 % du PIB.

Historiquement en France, le problème des conditions de travail n’a jamais eu une importance centrale au profit d’un débat polarisé sur les rémunérations, en dehors du moment 68 ou le refus des effets sociaux des formes de production bureaucratiques et tayloriennes se sont traduits par conflits sociaux longs et emblématiques et un fort absentéisme qui ont  amenés patronat et syndicats à engager réflexions et négociations sur la question du travail. Mais ces efforts ont été pris à rebours dès le milieu des années 75 avec le premier choc pétrolier, l’affaiblissement de la croissance et la polarisation sur la question de l’emploi qui en résulté avec les restructurations de l’appareil productif industriel dès la fin des années 70.  Dans les trente dernières années en France et face à la montée du chômage, les acteurs de la négociation collective ont eu tendance à se polariser largement sur les problèmes d’emplois plus que sur les conditions de travail qui ont disparues du paysage de la négociation collective. Ce phénomène d’absorption des problèmes du travail par la question de l’emploi est sans doute présent dans l’ensemble des sociétés développées, mais il revêt une forme particulièrement intense en France qui a connu parallèlement un affaiblissement parallèle du syndicalisme. Là où d’autres sociétés comme le Québec où les pays nordiques avec des taux de syndicalisations plus élevés montrent plus de résilience sur la question du travail. Certes là aussi, on repère que le mouvement des conditions de travail s’est affaibli pour une mobilisation sur l’emploi, mais il reste plus présent et la densité des syndicats dans l’entreprise leur permet d’intervenir au quotidien comme acteur solidaire et leur donne une capacité de pression directe sur les directions d’entreprise si les conditions de travail dérivent se détériorent trop fortement. Les problèmes posés par les conditions de travail ne sont donc pas que le reflet de politiques d’entreprises, de la transformation des modes de production et des évolutions du capitalisme, ils sont aussi le reflet de la capacité des acteurs syndicaux d’agir sur le travail dans une société donnée. La faiblesse de la densité des syndicats français sur le terrain de l’entreprise ne leur permet pas ainsi d’agir sur le quotidien des relations de travail. Ils sont cantonnés le plus souvent à agir en surplomb par une action sur les règles, loin justement de la sphère du travail.

Aujourd’hui, les risques psychosociaux sont devenus une obligation légale en France de négociation qui pose un ensemble de problèmes à la fois théorique et pratiques, mais sur lesquels la littérature scientifique est silencieuse, alors qu’elle est une préoccupation des acteurs qui doivent se débrouiller seuls sur un dossier complexe :

La négociation sur le travail implique une forme de négociation intra-organisationnelle qui mobilise potentiellement direction, syndicats mais aussi management et salariés et met en scène la complexité de leurs rapports et la question de la capacité des acteurs syndicaux à représenter le social.

Elle suppose des formes de débats sur les dimensions qualitatives que sont leurs relations, ce qui implique que les acteurs aient une compréhension fine du fonctionnement des organisations pour pouvoir négocier de façon pertinente.

Elle pose des problèmes d’objectivation complexe ou de non subjectivation car les termes de RPS ou même de qualité au travail désigne une pluralité de phénomènes dont les définitions ne sont pas stables.

Elle mobilise des dimensions qui sont individuelles/subjectives autant que collectives et elle fréquemment accompagnée par des dispositifs d’observation et différents types d’experts.

C’est dans ce cadre que la revue négociation envisage de livrer aux lecteurs un dossier pour donner des repères sur différentes questions. Comment le travail et son organisation évoluent-t-il et sous l’influence de quels facteurs ? En quoi le contexte propre à chaque entreprise est-il un élément important de la négociation sur le travail? Quels sont les enjeux de qualité de vie au travail et les risques auxquels elle donne lieu avec les transformations de la production ? Quels en sont les acteurs de la négociation sur le travail en entreprise et leurs enjeux ? Quelles sont les conceptions des acteurs de la négociation sur la question du travail ? Quels sont les points clés de telles négociations ? Quels rôles y jouent les accords de méthode ? Quelles sont les expérimentations en cours et leurs effets ? Quels sont les dispositifs qui accompagnent les négociations ?  Quel est le rôle des experts qui accompagnent les négociations sur le travail en entreprise?

Face à la complexité de ces différentes dimensions, ce numéro veut offrir aux lecteurs une pluralité de regards sur ces phénomènes et démêler les différents fils qui tissent les contradictions du réel. La sortie du numéro pourrait donner lieu à un débat public entre intervenants, chercheurs et acteurs d’entreprise sur ces questions.

Coordination du dossier : Pierre-Eric Tixier (Science-Po, Paris)

Dossier publié dans le volume 2013/1.

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